ON EN PARLE !

UN REVE

Anthologie poétique

 

Par Irène Duboeuf

Recours au Poème 4 mai 2019

Après les recueils « Poètes drômois », « Rouge », « Rivages » et « Ailleurs » vient de paraître « Un rêve », la nouvelle anthologie publiée par la maison d’édition drômoise l’Aigrette.

C’est un élégant petit livre de forme carrée illustré par Tatiana Samoïlova et qui regroupe 42 poètes dont les 2/3 sont des voix féminines.

Le choix de l’article indéfini dans le titre laisse entendre qu’il ne s’agit pas du rêve en général mais d’un rêve en particulier, un rêve parmi d’autres mais qu’on imagine plus important que les autres, une étreinte de l’invisible qui donne corps au désir et laisse une trace profonde de son bref passage dans un monde mystérieux.

Ce que je rêve, nul autre que moi ne peut le voir [1] écrivait Fernando Pessoa. Rêver est de l’ordre de l’intimité.

En nous confiant le souvenir d’un rêve, les poètes de cette anthologie contribuent à nous montrer la multiplicité des aspects de ce paysage intérieur dépourvu de substance, visages de la nuit à mi-chemin entre conscient et inconscient, voyage irréel qui – le plus souvent – entre en résonance avec le réel.

Car le rêve est un silence qui nous parle de nous, le « Souvenir d’un souvenir, l’ombre d’une ombre » [2] que seul peut-être le poème peut tenter de restituer.

Ainsi dans le très beau texte qui ouvre le recueil, Nadia Gilard invoque le rêve pour surmonter l’absence et retrouver le passé dans une rencontre virtuelle où l’impossible pourrait devenir possible. « Je voudrais forcer le présent à redevenir passé/je voudrais m’enfouir dans un sommeil pour te regarder » . Même sentiment chez Hélène Duc : « il pleut si fort sans toi que j’en ai chaque nuit des bateaux dans les yeux en partance pour nulle part ». Et l’on pourrait citer également les textes de Pierre Vandel Joubert, Irène Duboeuf, Sylvie Miranne et, pour l’évocation des souvenirs d’enfance, Sonia Leijtz, Thierry Radière etc.

Le rêve est un espace privilégié où tout peut advenir, y compris les actes les plus incongrus ainsi Perrin Langda écrit « je parviens à me faire la malle en douce par une porte fermée. » et les textes de Muriel Carrupt et de Lionel Perret nous emportent dans un monde onirique où s’opère la totale fusion entre le poète et le paysage, entre l’humain et le végétal « je devenais/arbre/branche/bois » (Muriel Carrupt) : « Chaque rencontre avec l’arbre était l’occasion de se plonger dans un rêve troublant et délicieux : devenir arbre à son tour » (Lionnel Perret).

Véritable échappatoire pour Olga Zaslavski, le rêve n’en est pas moins qu’une illusion, un mensonge ( « La nuit je mens » conclut Valérie Dorpe en toute conscience), une espérance folle qui lorsqu’elle cesse, engendre le désenchantement : « Un rêve/crevé en plein vol » (cf. Un rêve au solde Margot Darvenne). Si la confrontation au réel génère un état allant du bien-être aux regrets, parfois les deux sentiments cohabitent, comme chez Isabelle Granjon : « Mais tes possibles se réduisent/dans la ouate/du jour naissant […] ouvre les yeux maintenant sur le désarroi lumineux de l’éveil ».

« Mais ce port très au nord des terres habitables/Est-ce vraiment Harlingen ? » s’interroge Didier Gambert à la fin de son texte et Marjorie Tixier écrit : « Il est des pays exilés/Détachés ignorant/D’où ils viennent/Et qui dérivent/Lentement… » : les rêves sont parfois emplis d’incertitude, parfois aussi de violence et de sang, se transformant en véritables cauchemars : « j’ai franchi la membrane du rêve/recroquevillé sur mon lit/hébété/je te regarde sereine qui dort contre moi/j’entends toujours ton hurlement. » (Pierre Rosin).

Nombreux sont les auteurs qui évoquent des rêves éveillés, (désir impossible de maternité décrit par Sandrine Waronski) ou les rêves qui hantent leurs nuits. Danièle Helme, quant à elle, situe le rêve entre veille et sommeil, « avant de sombrer dans le sommeil, /Je chutais, victime de l’apesanteur/je me sentais évoluer au ralenti dans de courtes régions du vide » .

Il y a aussi ceux qui rêvent leur vie et ceux qui font de leur vie un rêve : « Il avait fait de sa vie un rêve parti en fumée dans la vallée de la lune » (cf. Clément Bollenot).

Il est impossible de citer tous les textes de cette anthologie. Soulignons encore le délicat poème de Sophie Lagal qui fait écho à l’illustration intérieure (toujours de Tatiana Samoïlova) « Pourquoi le cerisier en fleur ne deviendrait-il pas oiseau rouge le long de ma robe ? » et l’engagement de Mich’ Elle Grenier qui, « avant que la terre crève », nous appelle à « semer dans un coin de pré vert/les coquelicots de nos rêves » !

Nous en resterons-là, ne serait-ce que pour inciter le lecteur à ouvrir cette anthologie, inciter son regard à se poser sur ces textes très différents les uns des autres mais tous de qualité et peut-être aussi le faire… rêver !

Ont participé à cette anthologie, outre les poètes cités ci-dessus : Valère Kaletka, Jean-Marc Barrier, Cédric Merlan, Agnès Cognée, Clément Bollenot, Catherine Weber, Philippe Labaune, Delphine Burnod, Sandrine Davin, Marion Lafage, Cati Roman, Marianne Desroziers, Eve Eden, Marguerite C, Jacques Pierre, Ingrid S.Kim, Véronique le Milan, Pauline Moussours, Éric Dausse, Sabine Venaruzzo et Jacques Cauda.

 

LES HEURES DE BATTEMENT

Alissa Thor

Par Michel Sandras

PAYSAGES ECRITS, mai 2018

https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits2/home/pe29-sandras-sur-thor

 

« Un poème est cette affaire extravagante dans laquelle ce que nous sentons est configuré par ce que nous pouvons en dire, plus, dans laquelle les conditions de la langue de l'expérience du sujet sont les conditions de l'expérience du sujet de la langue. Et, là, si réussite, parfaite et durable. Le poème est donc philologue – amant de l'amour en mots » [1].

Cette citation, pour introduire le recueil d’Alissa Thor, pour dire comment il nous touche. D’abord, parce que ça parle, ça parle même d’amour, d’être ensemble ou de ne l’être pas, parfois dans une confidence exclusivement privée (« Septembre », « Cancale ») qui en évoque les moments: plaisir du maintenant, où les corps sont présents – l’un qui appuie sur moi jusqu’aux oreilles  (« Étoffe ») l’autre qui s’abandonne. Étreinte dite sans détours comme dans les premiers vers de « Tout à trac »

Je laisse

Mon corps

Défiler

Entre tes mains

ou comme dans ceux de « Merveille »

Tu entres

Dans mes bras

Comme

Le soleil

Racle

La cour

Manque de l’autre après son passage, qui induit dans le poème intitulé « À la minute suivante » une curieuse inversion : ce ne sont pas les gros morceaux de pain de ses baisers qui se plantent au fond de ma gorge, mais l’air avalé de travers la minute suivante. Mais aussi saveur de l’après  comme dans « Replis » qui ouvre le recueil: dans ce dernier cas le vers s’allonge, prend une forme d’épaisseur, comme dans le dernier

Je ne vais plus me lever de ton absence

Le lieu du repli où se blottit le sujet dans l’absence de l’autre a son répondant dans une construction hors langue, la frêle préposition de assure l’enroulement : on pense à certaines ellipses du français parlé en Afrique francophone : je suis venu vous absenter pour dire je suis venu, vous étiez absent. En fait ce recueil intitulé  Les heures de battement – qui sont celles situées entre les maintenant des corps, d’un répit sans détente,  mais aussi celles où le cœur bat – paraît donner plus de place au temps d’après, des états intermédiaires ou futurs : ceux de la pensée, du vœu, des insécurités : gagner du temps (« Canne à sucre »), tenir la distance (« Remue-ménage »), un, le jour où (« Manquer d’aplomb », « Cancale »), bien après (« La vie en différé »). Dans ce dernier poème, revenant sur ce qui est arrivé  l’autre jour, la locutrice affirme « me croirez-vous ? / Je ne me suis pas effondrée ». Si la fonction du poème est souvent d’aider celui ou celle qui l’écrit à tenir debout, l’originalité des poèmes d’Alissa Thor est qu’ils incarnent cette fonction dans leur structure et leur allure.

D’abord par leur format vertical [2].  Le recueil comprend une  cinquantaine de poèmes brefs, entre 4 et 18 vers (beaucoup de moins de 10 vers),  en vers courts (parfois un seul mot),  presque toujours   disposés sous forme de colonne (sauf « Replis », « La vie en différé »). Cette économie  qui met en valeur le mot isolé dans l’espace de la page est devenue un poncif d’une certaine écriture « ni vers ni prose ». Mais Alissa Thor en évite un autre – l’énumération, la liste nominale, et même la répétition en général– en gardant l’importance de la phrase. Tous ses poèmes offrent de nombreux verbes conjugués [3] qui servent de pivots à la parole : d’où leur consistance, en dépit de leur minceur. Consistance également assurée  par les métaphores : la plupart des poèmes dévident une métaphore originale, parfois appuyée sur une métonymie, qui prend pour comparants de conduites amoureuses des objets concrets : un rideau fronçant sur la tringle d’une fenêtre, une ceinture qui se déboucle, un tamis secoué, un chiffon de ménage, un seau à sable, un herbier, un bonbon dans son papier sulfurisé. Le prosaïsme de ces objets fabriqués renvoie à une image du monde où ne tiennent aucune place ni la nature (comme dans la tradition lyrique) ni l’espace urbain (tellement exploité aujourd’hui dans la littérature), ni même le monde extérieur dont l’auteure se protège (« La vie en différé »), où le « je » se souvient seulement des gestes liés aux usages de ces objets. En fin de compte n’existent dans ces poèmes que des corps, avec la peau qui abrite l’os (sans la médiation classique du regard et de la voix désirables),  et des objets (sans la médiation non moins classique du cadeau ou des bibelots favoris) qui ont en commun d’être éprouvés par la main, comme il en est des mots qui les habitent [4] : glisser des mots de papier, d’amour…  Comme le poème / Dans la pile / De linge/ Frais  (« Au propre »). Formulation superbe dans « Salutations » : le poème, Le mot/ Fait/ Main – même si ailleurs elle parle de l’engrenage des mots (« Brou »), ce qui d’ailleurs n’est pas contradictoire. Mallarmé parlait plutôt du miroitement des mots, s’attirant de leurs reflets et échos réciproques. La métaphore choisie par Alissa Thor est moins luxueuse qui préfère mettre l’accent sur l’enchaînement régissant le défilement des vocables.

Ce qui fait tenir droit le poème c’est aussi l’usage réitéré de la locution idiomatique, dans les titres et dans le corps même des poèmes : tout à trac, remue-ménage, à point nommé, tenir la distance, un os…à ronger, le cœur sur la main, faire une embardée, manquer d’aplomb, le plus clair de mon temps, châteaux de sable, au propre, jouer à saute-mouton, il n’y a pas à dire, au bout du compte, à bâtons rompus, faire la pluie et le beau temps, en faire tout un foin, le cœur sur la main, au train où vont les choses,  gagner du temps, ligne de vie. La locution est un syntagme théoriquement insécable, comme le proverbe, ce qui autorise le rapprochement que faisait Roman Jakobson avec le vers. Ils ont en commun la force venant de leur nature non interchangeable et d’une forme dont l’agencement est contraint : ils tirent leur efficacité de l’extrême condensation de la proposition énoncée. D’une certaine façon la locution est la plus petite composition poétique, avec ceci de remarquable que sa frappe est à la fois impersonnelle (c’est un fait de langue, non de style) et familière. Elle contribue à donner au poème bref une forme gnomique, qui l’éloigne à la fois de la saisie affective  de l’instant (qu’évoque un poème comme « Tout à trac ») et du  récit (au moins de ses ruines métonymiques comme dans « Étoffe », « Lassée aller », « Tipi », « Oiseau de nuit ») : on sait que le poème court a souvent des affinités avec l’une ou l’autre [5]. L’allure gnomique mais qui ne manque pas d’humour  de la plupart des poèmes d’Alissa Thor les rapprocherait de l’œuvre de Guillevic, même si l’inspiration n’est pas du tout la même.

La locution offre une autre ressource au poète : le jeu de mots, qu’elle favorise par sa polysémie, par le jeu entre le sens littéral spécialisé et le sens figuré – manquer d’aplomb, le cœur sur la main, le goût du jour, jouer des tours – et plus généralement par les voies obliques du sens. J’aime particulièrement « Le bon temps » :

Avec ta bouche

Sur la mienne

 

Tu me ramènes

Au goût

 

Du jour

 

Dans « Cinabre » le rapprochement de marelle,  préau et saute-mouton renvoie aux jeux d’enfance  dans la cours de l’école, même si, tout à l’extrémité du poème, la présence simultanée d’enfer et de ciel, selon le schéma de la marelle,  évoque aussi des jeux moins innocents. Elle peut aussi inviter à des créations de langue : inventer un féminin (la forme adverbiale en creux devenant en creuse) ou une forme phonétiquement proche (laisser aller devient lassée aller). On se souvient de l’intérêt que Freud accordait à la locution. Il avait noté dans les rêves et les mots d’esprit l’insistance des locutions usuelles, de certaines collocations, présentes soit réellement dans le récit de rêve ou l’histoire drôle, soit virtuellement, en arrière du texte, pouvant être reconstruites à partir de leurs débris. Dans le poème intitulé « Angle mort », l’énigme du titre disparaît si l’on s’avise que la formule Tu m’as arrondie fait songer à la locution arrondir les angles (atténuer les aspérités d’un caractère) qui prise dans le sens littéral devient supprimer les angles.

Une dernière remarque : le chant n’existe pas dans ces poèmes [6] – pas de mélodie, pas de figures sonores – sans que cette constatation n’altère en aucune façon l’émotion que je trouve à les lire. J’aurais tendance à penser que ce qui fait leur force vient de l’emploi ludique des locutions, dont l’aspect anonyme ajouté à la condensation du vers contraste avec l’allure adressée de tous les textes de ce recueil et avec la violence des affects qu’elles contribuent à maintenir, non sans légèreté.

 

Michel SANDRAS

2] J’emploie cette épithète en pensant à Roberto Juarroz – dont Alissa Thor est une lectrice. Mais la réflexion transcendantale du poète argentin, la structure dialectique de nombre de ses poèmes ainsi qu’une rhétorique de la répétition  leur donnent un aspect tout différent. 

[3] Avec une raréfaction de l’adjectif épithète.

[4] On pense à une métaphore de Juarroz : « Les mains du poème / reconquièrent l’antique pouvoir / de toucher les choses avec les choses » (Poésie verticale, IV, 11, traduction de Roger Munier).

[5] Je renvoie à ma contribution au volume  Poésie brève et temporalité, éditions du Septentrion

[6] On pense aux poèmes de Jean Follain, à leur non-prosodie. 

VIE IMAGINAIRE DE MARIA MOLINA DE FUENTE VAQUEROS

Samaël Steiner

Par Patrice Maltaverne, 19 mars 2016

http://poesiechroniquetamalle.blogspot.fr/2016/03/vie-imaginaire-de-maria-molina-de.html

"

Je sais bien que nous ne sommes qu'au mois de mars, mais "Vie imaginaire de Maria Molina de Fuente Vaqueros", de Samaël Steiner, qui vient d'être publié aux éditions de l'Aigrette, est sans doute le meilleur recueil de poésie qu'il m'ait été donné de lire en ce début d'année. 

Entendez par là tout simplement que c'est le texte qui m'a procuré le plus de plaisir à sa lecture depuis plusieurs mois.

En effet, la plupart du temps, pour le lecteur, c'est chaque poème qui fait la poésie.

Eh bien là, non ! Car dans cette "Vie imaginaire de Maria Molina", tout est errance délicieuse, passage et transformation. Jusqu'au sexe de Maria qui va évoluer avec l'avancement du livre. Et la poésie naît, comme dans un film, de cette succession de séquences qui s’interpénètrent entre elles, malgré leur apparente séparation, créant une sensation de rêve éveillé.

Le texte, dans son aspect formel, est lui-même créateur de rêve, car s'y succèdent les citations en italique, insérées comme des collages, et les mises en incise au cœur du vers, qui surprend par son ampleur.

Enfin un poète qui n'a pas le souffle court, ai-je envie de dire. Ce n'est pas si courant. C'est bien pour cela que je le signale. Avis aux éditeurs !...

 

Extrait de "Vie imaginaire de Maria Molina de Fuente Vaqueros" de Samaël Steiner :

 

"10.

 

Tous mes manteaux sont étendus là, sur le sol.

Au ciel déjà je vois venir les étoiles des premières heures.
Je veux maintenant aller nu.

Traverser la ville le sexe bandé et sentir que plus rien n'est une frontière entre ce monde et moi,

et courir jusqu'à ce que le corps se dresse et dise : Assez !

J'ai soif !

J'ai faim !

C'est cette course qui, corps entier, exprime notre amour.

 

Quand finissent les arbres,

la distance a depuis plusieurs heures évincé les fenêtres des villes.

Le corps dans sa sueur porte le monde

et se vide au bord d'un champ.

Reste la colère de vivre,

tenant rieurs les yeux.

Celle-là même que je sens entre les lames de tes os,

lorsque j'entends tourner le cheval dans ta cage thoracique.

 

Mes yeux sont ouverts au fond d'un vase, ils te regardent,

au milieu de têtards noirs et de petites pierres

et l'eau est opaque à tes regards

impénétrable, sinon à la main

ou alors accroupie,

avec ton ventre tu peux la boire,

au matin en découvrir les fruits

blancs dans l'aube blanche (...)".

Je précise que la couverture est une peinture de Lionel Soukaz et que le livre contient des photos de Samaël Steiner.

CASE PILOTE

Mikaël Saint-Honoré

 

Par Jean Rabien, APLA, 5 mars 2017

Voici le recueil d'un poète martiniquais considéré à juste titre comme l'une des écritures singulières de la création poétique caraïbéenne.

Case Pilote, Nous sommes loin des clichés, de l'exotisme de carte postale mais bien au cœur du monde antillais en pleine mutation,

Un cœur qui bat :

Je suis le terreau fertile

de tous les sang-mêlé

je suis l'empreinte mordorée

sous les pas fuyant d'esclaves"

racine galopante

pour la lueur des nuits blanches

carbet dressé

à l'aube de la forêt ténébreuse

Je suis le zombi

des luttes vagabondes

le balancement frivole

sur le sable criant,

le déhanchement sourd

des corps enchevêtrés

au cœur des plantations

aux mille arômes

dans les mangroves

aux mille couleurs

qui vous dira

ce qu'est le métissage ?

Qui vous guidera

sur le chemin

des mornes qui n'en peuvent plus

de se languir ?

La voix de Mikaël Saint-Honoré, à travers la forêt ténébreuse, ne dresse pas la carte d'une échappée sans issue mais appelle bien à prendre le chemin de l'authenticité dans l'ouverture au monde :

Par cette nuit noire

j'ai fui de toutes mes forces

mes pas ont trouvé d'autres pas

et mon visage a vu d'autres visages

sur les parkings brûlants des cités neuves...

Nous suivrons longtemps

ces routes bigarrées

particules inespérées

des libertés alanguies

nous lutterons encore

franchirons hardiment

l'usure perméable de l'élan brisé

naviguerons à vue

sur la mer houleuse

attentifs à la moindre étincelle

sourds aux promesses non tenues

en attendant l'aube...

UN CIRQUE

Gabrielle Jarzynski

 

Par Jean-Paul Gavard-Perret

Lelitteraire.com 9 juin 2018

 

Contre l’hypnose

Il faut se méfier de Gabrielle Jar­zynski : « Ange de vipère, ciel de cette terre », la poé­tesse semble faire avec ceux qu’elle a sous la main. Elle fait avec leurs men­songes, leurs appels. Les siens aussi. Le tout pour le tou­tim : la pétris­sure et la luxure. Avec cor­beau, vau­tour, hyène au râte­lier. Des fous aussi. Des poètes. Et des sal­tim­banques qui ne valent pas plus qu’eux.
Mais, au-delà de la couenne, l’amour ou ce qui lui res­semble et s’y ras­semble se joue à deux entre les « jeux de draps et les pliures enfantines ». Mais rassurons-nous, la poé­tesse n’est pas dupe (ses der­niers mots le prouvent – nous n’en dirons pas plus).

Dans le « champ de ren­contre » il y a un bou­quet de vio­lettes mais aussi des anguilles aux «arêtes hiver­nales ». Au sein de ce magma, Vénus n’est pas for­cé­ment à sa proie atta­chée. Elle sait dan­ser : mais ne comp­tez pas sur elle pour s’adresser à ses amants comme une femme amou­reuse. Loin d’une poé­sie natu­ra­liste comme de tout com­por­te­ment agres­sif, elle des­cend dans l’arène avec ses mon­treurs d’ours et ses clowns.
Peut-être espère-t-elle le plus char­mant des prestidigitateurs…

jean-paul gavard-perret

Gabrielle Jar­zynski,  Un Cirque, avec des inter­ven­tion plas­tiques de Fred Drouin, Nico­las Le Bault, Karine Veyres, Lidia Kos­ta­nek, Flo­rian Aymann, Elise Ber­ga­mini„ Smith Smith, Isa­belle Coche­reau, Edi­tions de L’Aigrette, 2018.

POESIE PERSANE

Franck Merger

 

Par Karim De Broucker

Revue Phoenix, numéro 32, octobre 2019

 

Contre l’hypnose

Le premier recueil de Franck Merger, Poésie persane, s’ouvre sur les sections intitulées Ailleurs et Cartes postales. À la manière d’un seuil à deux marches où se noue l’accueil, ces deux premières parties du livre nous font entrer dans l’univers poétique persan principalement par la grâce de savoureux échanges et chassés croisés de mots,  où traductions et expressions issues des deux langues, française et farsie, souvent aussi anglaise et italienne, s’entrelacent pour notre plus grand plaisir : la pari y aime le druide (« Idylle », p.16), « les lapis-lazuli de Badakhshân » s’y mêlent à l’eau des Calanques (« Impromptu », p.26). Avec un art consommé de l’anecdote poétique et joyeuse, ce que F. Merger fait jouer dans ces pages, c’est la souriante surprise, chez l’un, de la découverte  du mot par lequel l’autre nomme une réalité connue des deux. Vous découvrirez ainsi par vous-mêmes  comment notre auteur, à la terrasse d’un café d’Aix-en-Provence (« Le rire de Rezâ », p.19), découvre le sens de l’onomatopée « Ghîj-Ghîj »… Le titre du recueil est discrètement polysémique. Dans son sens obvie, il réussit le tour de force en quelques pages, de nous faire goûter à quelques formes poétique persanes essentielles, comme le  roubâ’i  ou le ghazal ; mais aussi celui, dans les sections « Pour elles » et « Au-delà du noir », de nous faire rencontrer les principales figures poétiques de l’Iran ou de l’aire culturelle persane, par choix ici quasiment toutes féminines 1. C’est ici que le titre du recueil de Franck Merger prend son sens plénier, en parvenant à nous faire percevoir quelque chose de l’essence la plus pure de la poésie de ce peuple. À l’image de la grenade noir d’encre et sang de la couverture, F. Merger laisse sa propre voix poétique se teinter de la poignante carnation des destinées de ces femmes, – parmi lesquelles une place spéciale est accordée à Forough Farrokhzâd – où sensualité, lyrisme, ivresse, déréliction et mort, toujours cruelle et brutale, ne font qu’un. Finalement c’est la haine homicide dont la poésie est l’objet, qui devient ici la question centrale : « La musique des vers est poison sur mes lèvres […] celle qui chante le paiera » (extrait du poème en hommage à Nâdiâ Andjoman). Au fond, tout le recueil nous mène jusqu’à  ce geste furtif avec lequel la poétesse iranienne du xixème Tâhereh retire son voile : mystère et scandale de l’humaine grâce… Franck Merger réussit à nous faire entrevoir que le geste de la poésie véritable est le même que celui d’un visage qui se dévoile nu. 
 

DONNEZ-MOI UN PEU DE F DU K ET DU S

Gabrielle Jarzynski

 

Par Jean-Paul Gavard-Perret,

Lelitteraire.com, 20 janvier 2018

Après avoir tra­vaillé dans l’édition musi­cale, Gabrielle Jar­zynski (photo Rouyer) a tout pla­qué en deux mois pour se consa­crer tota­le­ment à l’écriture et tra­vailler en ate­lier avec d’autres artistes qui dia­loguent avec ses écrits. Elle pos­sède elle-même une approche de plas­ti­cienne en mixant beau­coup de tech­niques et les res­sources du gra­phisme afin de chan­ger l’image du livre. Dans son écri­ture, la scan­sion est impor­tante. La poé­tesse enre­gistre par­fois ce qu’elle écrit en lisant pour éprou­ver « la sen­sa­tion de tra­vailler de la matière, comme les peintres avec les cou­leurs ».
Chaque livre devient un hybride, il peut prendre diverses formes : « boîte livre », texte écrit sur un miroir, etc. mettent en volume ce qu’elle res­sent. Et lorsqu’elle expose, elle ne se contente pas de mon­trer des textes mais crée une ins­tal­la­tion sonore et visuelle. Son objec­tif est constant : «je cherche com­ment on peut s’approprier le texte autre­ment que par le livre, le rendre plas­tique. » Et d’ajouter : « je casse un cer­tain rap­port à l’écriture, qui per­met d’éviter de res­ter au pre­mier degré. Et grâce à l’image, je rends aussi cer­tains mots « dif­fi­ciles » plus accessibles ».

D’autant que son écri­ture est dan­ge­reuse. Elle est celle d’un corps cru et éro­tique comme dans son livre accom­pa­gné des pho­tos de Claude Rouyer « donnez-moi un peu de F du K et du S » (pré­am­bule à la sor­tie d’un futur recueil inti­tulé « Bout de Ficelle »). Au lieu d’ausculter le passé, la poé­tesse se pro­jette dans l’avenir entre espoir et frayeur. S’adressant à son amour, l’auteure lui adresse une injonc­tion « Lisez cette recette gra­tuite, abrupte et amère ». Mais la peur est bien au rendez-vous. Celle qui lance son appel res­sent une boule dans ses entrailles. « Je tangue et je bas­cule »  avoue celle qui fonce dans un je t’aime moi non plus voire un cer­tain maso­chisme qui la pousse néan­moins à des exploits guer­riers. Si bien que par­fois nul ne sait plus qui parle de la femme ou de l’homme. Les genres sont sans doute mar­qués mais le locu­teur beau­coup moins en un jeu de passe-passe.
Néan­moins dans ce jeu de l’amour où il n’existe pas de place au hasard la femme pos­sède, sinon le der­nier mot, la der­nière parole. Ce qui est dif­fé­rent. Dépe­cée, elle s’abandonne à la muti­la­tion et au charme de « paroles saintes, immondes et innom­mables ». Le chant est au don. Mais ce don est ambigu sinueux et com­plexe : “Hier tu ne m’aimais pas. /aujourd’hui tu m’aimes. / Un autre aujourd’hui moins et le len­de­main plus tu ne m’aimeras plus” . La peur domine.

Et l’homme le lui rap­pelle :« Tu auras peur du grand méchant loup che­veux touf­fus barbe de quelques jours. /Tu auras peur de don­ner ton corps frêle flé­tri de tes seins éponges le pre­mier jour. /Tu auras peur de tom­ber dans les griffes acé­rées de tes sen­ti­ments exa­cer­bés. /Tu auras peur d’ouvrir ta fleur de tes pen­sées tes envies tes rêves et tes fan­tasmes de vie. Pour autant la femme n’est pas immo­bi­li­sée dans le silence, ni ense­ve­lie dans sa nuit.
Elle tient, se bat – quitte à ram­per. Prête à tout pour boire l’amour au sein de ce qui sans tom­ber dans la haine est proche de l’immolation. Rien n’est donc donné aux êtres que cette sur-vie de l’amour qu’importe la qua­lité. L’une est joueuse de flûte de Haar­lem, l’autre ser­pent tra­ver­sier. Ce n’est plus, comme dans la Bible, Eve la seule fau­tive. Si elle a des tords Adam en pos­sèdent au moins autant qu’elle. Et Cupi­don fait avec ce qui reste au risque d’hypothéquer ce que l’amour à de cour­tois. Dès lors musique de nuit est riche en bémols mais qu’importe; « ça suit son cours » aurait dit Beckett. Et l’incendie idem. Qu’importe les cendres.  Et la fin. Elle est écrite. Déjà.

 

ALLANT VERS ET AUTRES ESCALES

Colette Daviles-Estinès

Par Clément G. Second, Le Capital des Mots,

9 novembre 2016

 

Si selon le bousculant paradoxe de Michèle MANCEAUX « On n’élucide rien par des explications », et si « Le mystère commence après elles » (autre source), leur fonction pourrait bien consister à baliser vers lui le cheminement de lecture. Explorée aussi loin que l’on peut, l’intelligibilité du charme poétique finit par se fondre dans ce qu’il a d’ineffable.

De charme, les très nombreux textes offerts au fil du temps par Colette DAVILES-ESTINÈS derrière les dix Volets ou Vers de son blog accueillant et riche n’en manquent pas ; non plus que les quarante-trois d’entre eux réunis dans Allant vers et autres escales, un récent (septembre 2016) premier ouvrage cohérent et ouvert et qui illustre en particulier la spécificité itinérante – intérieure et géographique à la fois – d’une vie et d’une écriture travaillées par le devenir du sujet.

La présente contribution cherche à cerner à grands traits l’œuvre globale actuelle de l’auteure, sans séparer à cette fin Allant vers et autres escales du fonds des Volets ou Vers dont le recueil émane en très étroite parenté.

Il a semblé opportun de reproduire ici, en exergue et illustration de la suite, trois des plus beaux poèmes, et des plus représentatifs, de l’ensemble. S’y reporter ad libitum (à eux parmi tant d’autres) peut permettre, mieux que par des citations forcément parcellaires, de vérifier les fondamentaux ci-dessous dégagés.

 

Symphonie de la  nuit

J’ai à peine oublié de dormir
Que le matin est déjà là
Cette nuit, sur ma page
J’en connais la musique
Une blanche vaut deux noires
C’est du silence, en l’air jeté
Un silence dédié
La fenêtre pâlit par-dessus mon épaule
L’aube mord à pleine lune
A même la pulpe des nuages

(Volets ou Vers, 6e Volet)


 

Ostende

Il les fallait bas, les nuages
tractés par les goélands
Il la fallait gris ciel, la mer
Il le fallait large, le vent
Une pincée de voile, loin saillante
pour y ferler la lumière

(Volets ou Vers, 7e Volet)


 

Passerelles

Le vent sculpte le silence
Il y saille des trouées d’oiseaux
Les pensées roulent et choquent
Comme des cailloux de crues
Crépitement fluide d’une coulée de grains
Dans un bâton de pluie
C’est comme un deuil blanc
Transe de funérailles au trépignement ivre
Et au chant litanique d’un jamais rassasié
D’un talweg à un autre
Passerelles jetées  

(Allant vers et autres escales, p. 13)

 

Une fréquentation assidue des pages de Colette D.-E. a peu à peu conduit à identifier trois constantes dont le croisement formerait en quelque sorte le tissu de sa poésie.

 

L’avancée d’une existence. Cette voix mise en mots nous parle au plus près de situations fondatrices, assumées à fond par le moi locuteur. La plupart des poèmes ont partie liée avec un circonstanciel à la fois historiquement avéré, spatialement situé et porté dans l’intime. Les déterminismes n’y sont pas décisifs en dernière instance : trajectoire personnelle toujours en cours, sujet s’assumant. « Il y a plusieurs volets à ma poésie. Mes textes ont évolué au fil du temps. (…) ils puisent leur inspiration dans un sentiment d’exil et de perpétuelle rupture. Pour s’ancrer ensuite je l’espère (ou s’encrer), dans le présent, ou tout au moins animés de souvenirs apaisés. »( C. D.-E.) S’ancrer, s’encrer : logos et bios interactifs. Un bios de grande densité, impacté par joies et tourments, traversé de nostalgie, d’aspiration à la plénitude, d’amour et de tendresse envers êtres et choses, inscrit dans l’immense et signifiant espace porté par les éléments de nature. Les épreuves n’y brisent pas l’énergie d’être. Lorsque la perte douloureuse informe le poème, du combat de résilience sort gagnant le logos. Celui-ci scande même, progressivement, une sortie perceptible de la peine profonde, sans négation de la souffrance, jalon après jalon du travail de deuil. Au fil des périodes le statut revendiqué du moi cohabite plus nettement avec les enjeux de la tâche poétique. Fonction sotériologique du beau… mais encore et toujours sous le sceau de l’authentique. Sous celui aussi, donne fondamentale, d’arrachements féconds en relances successives, d’Expatrie en Expatrie oserait-on dire pour reprendre un des mots-clefs sous lesquels Colette D.-E. emblématise son parcours – autre façon de souligner aussi l’inspiration foncière d’Allant vers et autres escales.

 

Le don de langue. Mais l’existentiel évolutif, si prégnant s’avère-t-il, ne suffirait pas à rendre compte d’une telle écriture, une écriture que ne clôt sur elle-même aucun usage interne complaisant de poète auto-centré. Les quelques confidences de Colette D.-E. sur sa pratique écarteraient au besoin le doute : c’est par amour de la langue qu’elle écrit, et le défaut passager d’usage poétique la frustre en profondeur. La vibration de ses vers confirme cette relation-clef avec la combinatoire expressive qu’offrent les mots.

D’un bout à l’autre de chaque poème, que ce soit dans le concis, le subtil, l’allusif, l’effusif, le tourmenté, l’allant, le déferlant, le souriant, le contemplatif ou le visionnaire, l’agencement des éléments de langue s’ordonne intensément à leur efficience. Caractéristique rendant poignants les passages de douleur tranfigurés par l’obtention lyrique… et nimbant de grâce les mouvements de libre harmonie. On en perçoit l’effet dès la première lecture, tant la mobilisation des mots (simples ou à teneur plus subtile, toujours signifiants, mots-valises, mots déviés ou réorientés…), des plans, des polysémies, des suspens ou rebonds, des changements de niveau de langue, de champs lexicaux ou thématiques, des comparaisons, des métaphores seules ou associées, des rythmes, des mètres, des profondeurs emboîtées, des initiatives soudaines qui prennent à contre-attente, de cette inventivité en acte, intelligente et pure, toujours à l’état naissant – tant l’ondoiement de cet art langagier s’empare du regard, le conduit là où il doit voir en se laissant mener, en faisant confiance, sans trop distinguer. S’empare de l’oreille aussi et peut-être d’abord. Un accent ou chant propre mieux encore qu’un style (le terme conviendrait pour une écriture plus définissable) s’affirme et se diffuse , à nul autre pareil. Traversant, excédant impacts et nuances, c’est à lui, si reconnaissable, si difficile aussi à nommer, à lui qui en se dérobant se livre, que le noir sur blanc de Colette D.-E. doit largement son identité. Il est sa marque génétique intra et inter-poèmes, sa puissance immersive aussi.


 

L’essentielle nécessité. La finesse de l’auteure, sa perception aiguë des enjeux et ressorts de l’écriture ne l’entraîne pas vers des considérations périphériques à celle-ci. Par exemple, la découverte de poèmes qui la touchent les lui fait goûter attentivement, commenter avec pertinence, rapprocher d’analogues à juste titre, sans que ces appréciations finissent par reléguer la centralité du texte lu. Il en va de même dans sa pratique en situation : l’instance surplombante ou latérale d’auto-observation et de réflexion latente qui chez certains suit ou même contrôle, ou encore infléchit le processus en cours, cette instance reste chez elle en veilleuse non interférente. Le stylo en main sur le carnet ouvert ou les doigts sur les touches du clavier, Colette D.-E. est toute à son feeling, comme il lui est arrivé de le préciser humblement. Toute entière dans la tâche intuitive finalisée par l’obtention d’un texte conforme à la visée de son désir d’écrire. Non pas d’écrire « beau », l’esthétisme ne pouvant dans ces conditions s’insinuer dans l’acte, mais d’écrire au plus près d’un accomplissement posé par l’impérieuse nécessité intime : ni plus ni moins que la justesse, ceci et non cela ou autre chose, ainsi et pas autrement. Coûte que coûte et même au risque de moins plaire (risque guère encouru car exemplairement pris). « Le plus grand des malheurs, notait Léonard : quand l’idée qu’on s’en fait dépasse l’œuvre »… Ce clairvoyant avertissement ne peut que glisser sur une exigence réalisatrice sauve d’élaborations contaminantes, et par là non biaisée, simplement opérante.

 

Lire les Volets ou Vers et Allant vers et autres escales fait accéder en somme à la cohérence foncière d’une veine que le vivre vrai, la beauté de langue et la voie directrice assidûment servie rendent participable sous les espèces de textes uniques.

 

... Au-delà de l’approche qui s’achève ici, s’ouvrent les harmoniques combinées, indéfinissables, de l’enchantement. On ne s’y guide plus qu’à la qualité rare d’une poésie qui atteint et remue de profondeur à profondeur. "

LES HEURES DE BATTEMENT

Alissa Thor

 

Par Florent Toniello, Accrocstich.es, 14 juin 2017

Avant d'ouvrir le recueil, difficile de comprendre l'intelligente polysémie du titre :  Les heures de battement, ce sont bien-sûr ces trous dans un emploi du temps qu'affectionnent tous les collégiens et les lycéens ; mais au fil des pages, on découvre que ce sont aussi des heures...où le cœur bat, tout simplement. Alissa Thor nous propose donc une cinquantaine de poèmes courts qui sont autant d'hymnes à l'amour où le je poétique entonne les louanges d'un tu aimé, voire quasi vénéré pour certains textes : 

Comment / Ne pas croire / Que ta beauté est / Céleste /  Quand au matin / Je retrouve / Une plume / Piquée / Dans l’oreiller ? » Mais n’allez pas imaginer que l’ensemble soit mièvre ou fleur bleue, même si l’auteure avoue avoir toujours « Au fond / Des poches / Des mots / De papier / D’amour ».

Ici, pas de louanges éthérées des petits plaisirs et des petites joies anodines sous forme de métaphores savamment distillées. Alissa Thor, au contraire, privilégie un vocabulaire direct et des images fortes, parfois rentre-dedans. Il y a des os à ronger, des diables, des bringuebalements dans ses vers, et si un poème s’aventure dans l’onctueux (« Canne à sucre »), c’est qu’il évoque la pression chronophage qu’une époque folle nous impose : « Je sors / Le monde / De son papier / Sulfurisé // Je casse / Des petits / Carrés / Réguliers / Que je fais fondre / Un à un / Sous la langue // Pour gagner / Du temps ».

Eh oui ! le temps qui compte, c’est celui passé avec cette autre qui fait battre le cœur, bien sûr. Celle dont on apprend qu’elle est femme au détour d’un accord, mais dont on ne saura pas beaucoup plus, tant le recueil reste centré sur ce je poétique. Un alter ego de l'auteure qui manie avec aisance des mots simples, mais qui sont autant de flèches atteignant leur cible. Dans leur concision, leur construction et leur style direct, ces poèmes ne sont pas sans rappeler ceux de la grande Anise Koltz, lorsqu’elle évoque par exemple le souvenir de son mari. Pour un premier volume publié, la référence est certes flatteuse, mais méritée.

 

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Merci Cédric Merland et la librairie L'Esperluète !

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Apartés 2018, saison 2

à la Maison de la poésie d'Avignon

Entretien avec Mikaël Saint-Honoré, Radio M

https://www.mixcloud.com/Radio_M/printemps-des-po%C3%A8tes/

Lecture des Déambulations, extrait de l'entretien du 6 décembre 2017, radio Soleil fm

https://www.youtube.com/watch?v=8Mr7UB5cT3I

Collection Imaginaires

Entretien du 18 décembre 2017, radio BLV

L'invité de onze heures et quelques

https://www.youtube.com/watch?v=iIf3NqJIG9Y

ROUGES...

Merci Gabrielle Jarzynski !

La Tribune

Dauphiné libéré

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